Mme Ba Lalia Haïdara est ingénieure géologue à B2Gold. Femme engagée dans le secteur minier, elle cumule neuf (9) années d’expérience. Dans le cadre de la célébration de la journée internationale des droits des femmes, Ba Lalia Haïdara a reçu notre rédaction, le mercredi 25 mars dernier au quartier 1008 logements de Bamako. Ce produit de la Faculté des Sciences et Techniques et de l’Ecole nationale d’Ingénieurs ambitionne de continuer à gravir les échelons au sein de B2gold pour devenir une référence du secteur minier féminin. Elle nous livre sa vision, son secret et ses ambitions pour le secteur minier du Mali. Découvrez cette héroïne qui fait la fierté des femmes dans le secteur des mines.
Pourriez-vous nous parlez de votre parcours scolaire et professionnel ?
Mon parcours est très fascinant. Mon parcours est celui d’une femme de terrain passionnée par la science de la terre et convaincue que notre expertise locale est le plus beau gisement que nous ayons à exploiter. Mon combat quotidien est de transformer cette passion technique en une réalité économique.
Après le lycée, j’ai étudié à la FAST (Facultés des Sciences et Techniques) où j’ai eu ma licence professionnelle en géologie appliquée. Ensuite, j’ai fait le concours d’entrée à l’Ecole nationale d’Ingénieure (ENI ABT) où j’ai décroché mon diplôme d’Ingénieure avec mention bien en spécialité Métallogénie. Après mes études, j’ai fait beaucoup de stages notamment à la DNGM (Direction Nationale de la Géologie et des Mines), à IAM GOLD et à la mine de Sadiola. Je travaille maintenant à B2GOLD, il y’a 9 ans. J’ai commencé d’abord en tant que géologue de l’exploration. Quand la mine souterraine a commencé, j’ai été la première femme à être sélectionnée par le management pour travailler dans la mine souterraine avec une autre collègue venue de Zimbabwe.
Pourquoi avez-vous opté pour le métier des mines ? Et comment est venue cette passion ?
En tant que malienne, j’ai conscience de l’immense potentiel de notre sous- sol. J’ai eu cette conviction profonde que pour que l’or brille pour les Maliens, il nous fallait des experts nationaux capables de maitriser toute la chaine technique. Donc, opter pour la géologie, c’était pour moi une manière de contribuer à la souveraineté économique de mon pays.
Je ne me voyais pas passer ma carrière derrière un bureau. J’ai toujours eu ce besoin d’action et de pratique, le contact brut avec la nature, l’adrénaline de la découverte, la vie en communauté sur les sites miniers.
Et c’est ce mélange de responsabilité nationale et d’aventure humaine qui me passionnent chaque jour.
En tant que femme, rencontrez- vous des difficultés dans l’exercice de ce métier ?
Le milieu minier est historiquement plus dédié aux hommes qu’aux femmes. ce milieu est exigeant. Donc en tant que femme, les premières difficultés sont souvent liées aux préjugés. Il faut parfois prouver deux fois plus qu’un homme qu’on a sa place sur un site. Et aussi sur les terrains, les conditions sont rudes, mais c’est là que se gagne le respect. Une fois que vous avez démontré votre rigueur dans le travail, le genre s’efface. On dit que la roche ne fait pas de différence. Seule la précision de l’analyse compte vraiment.
Quels sont les défis auxquels font face les femmes dans le secteur minier ?
Il y en a plusieurs mais pour moi les défis majeurs sont :
– Le défi de la légitimité et des stéréotypes : il faut transformer le regard des collègues en prouvant nos compétences pour être respectées par les équipes masculines, surtout quand on dirige des équipes de sondages ou de cartographie sur le terrain.
– Le défi de plafond de verre dans l’administration minière : peu de femmes accèdent aux postes dans la direction générale ou la direction de l’exploration. Nous avons besoin de mentors et modèles pour que les jeunes filles maliennes osent embrasser les carrières scientifiques et je pense que l’association WIM MALI œuvre dans ce sens pour encourager les jeunes filles à suivre des cursus techniques dans les mines.
– Le défi d’équilibre vie professionnelle/vie privée : passer plusieurs semaines sur site, loin de la famille. Les attentes sociétales envers les femmes (foyer, enfants) créent une pression supplémentaire que les collègues hommes ressentent moins. J’en profite pour saluer B2GOLD et le plaidoyer du Collectif des Femmes de Fekola qui accordent des congés de maternité supplémentaires rémunérés. Ce geste ne fait pas qu’améliorer des conditions de travail, c’est un investissement dans la santé des futures mamans et le bien- être des enfants. Cela constitue un signal fort pour l’inclusion des femmes dans les métiers de la mine au Mali. C’est aussi une preuve que l’industrie minière peut être moderne et parfaitement adaptée aux réalités des femmes.
Est- ce que c’est possible d’être femme au foyer et travailler dans le secteur minier ?
Être femme au foyer tout en travaillant dans le secteur minier surtout en Afrique est bien plus qu’un simple défi, c’est un véritable engagement. Mon métier m’amène à passer un mois sur site loin de ma famille à Bamako, suivi de deux semaines de repos que je consacre pleinement à mon foyer. Ce rythme demande des sacrifices mais aussi une grande force intérieure.
Dans notre contexte, où il n’est pas toujours évident pour une femme de travailler loin de chez elle, surtout avec les responsabilités familiales, cela nécessite une confiance profonde au sein du couple. Le soutien, la compréhension et l’équilibre entre époux et épouses sont essentiels. Rien de tout cela ne serait possible sans cette base solide.
Pour moi, il ne s’agit pas de choisir entre ma carrière et ma famille, mais de construire un équilibre entre les deux. Je suis fière de contribuer à mon domaine en tant qu’ingénieure géologue tout en restant pleinement engagée dans mon rôle d’épouse et de mère. Mon parcours montre qu’avec de la détermination, de la confiance et de l’organisation, une femme peut s’épanouir à la fois dans son foyer et dans une carrière exigeante.
Depuis votre recrutement à B2GOLD, quel rôle vous jouez pour le développement de la société minière ?
Mon rôle est le moteur même de la mine. Sans l’expertise d’un géologue, il n’y aurait pas de minerais à extraire. Mon travail quotidien consiste à transformer les données scientifiques complexes en une réalité économique pour le Mali. Concrètement, je participe à la découverte des gisements et je m’assure que l’on extrait l’or de la manière la plus précise possible en analysant les carottes de sondages et les données géochimiques.
En optimisant nos réserves, je contribue directement à prolonger la durée de vie de la mine. C’est une grande fierté car plus la mine dure, plus elle crée d’emplois, plus elle soutient les communautés de Fekola et plus elle participe aussi au développement de notre pays.
Que pensez-vous du potentiel du Mali en ressources extractives ?
Le Mali a un potentiel exceptionnel et diversifié. En plus de l’or, notre sous- sol cache bien d’autres trésors comme le lithium, le fer, le manganèse, de phosphate et même des terres rares. Le véritable défi n’est plus seulement de savoir ce que nous avons, mais surtout comment nous allons les exploiter. Le potentiel ne doit plus se mesurer en tonnes de minerais dans le sol mais en usine de transformation sur place, en emplois crées et en infrastructures durables, et je pense qu’avec le nouveau code minier on relèvera ce défi.
Pensez-vous que le Mali profite bien du secteur minier ?
Je pense que le Mali profite du secteur minier mais pas à la hauteur de son potentiel. Aujourd’hui, les mines représentent une part très importante dans notre économie : elles contribuent fortement aux recettes de l’Etat et constituent la principale source d’exportation du Pays. Par exemple, le secteur minier a généré plus de 600 milliards de CFA en 2023 et représente une part significative du budget national.
Cependant, la réalité est plus complexe. Malgré cette richesse, l’impact sur la vie quotidienne des populations reste limité. Cela montre que la richesse existe mais qu’elle n’est pas toujours transformée en développement concret pour tout le monde. Aujourd’hui, il y a une vraie prise de conscience. L’Etat cherche à mieux contrôler les ressources, à augmenter sa part dans les projets miniers et à redistribuer davantage les revenues, notamment aux collectivités locales. Cela va dans le bon sens.
Pour moi, la vraie question n’est pas seulement de savoir si le Mali profite du secteur minier mais comment il peut en profiter davantage et durablement.
Je reste optimiste, car le potentiel est immense. Avec les bonnes décisions, le secteur minier peut devenir un véritable levier de développement pour tout le pays, et pas seulement une source de richesse.
Que faut-il faire pour que le secteur minier apporte plus à l’économie nationale ?
A mon avis, il est primordial de renforcer le contenue local. Pour ce faire, il faut :
– que les entreprises maliennes ne soient plus des prestataires de services secondaires, mais des partenaires ;
– encourager la transformation locale : le véritable profit viendra de la transformation sur place ;
– diversifier les ressources. En diversifiant nos ressources extractives, nous multiplions les sources de revenue pour l’état et les opportunités pour les PME.
– et en fin, il faut aussi assurer la durabilité après la mine. La mine doit laisser un héritage, pas seulement des trous, en bâtissant des infrastructures pérennes.
Quelle comparaison faites-vous entre l’ancien code et le nouveau code minier ?
En tant qu’Ingénieure géologue, ma comparaison repose un peu sur l’équilibre entre l’attractivité pour les investisseurs et la souveraineté nationale.
La part de l’Etat qui a changé de 20 à 35% est un changement radical qui donne au Mali un poids décisif dans les conseils d’administration des sociétés minières.
Le contenu local passe aussi de l’incitation à l’obligation. Pour nous experts nationaux, cela garantit une meilleure promotion interne et un transfert de technologie réel vers les PME maliennes.
Avec le nouveau code, il y’a aussi du changement au niveau des recettes et la fiscalité. Et cela permettra d’injecter immédiatement des devises dans l’économie malienne pour soutenir le développement national.
En résumé, je dirai que l’ancien code visait surtout à attirer les investisseurs dans un contexte de prospection alors que le nouveau code vise à rééquilibrer les profits pour que la richesse du sous- sol se traduise concrètement dans le budget de l’Etat et le quotidien des Maliens.
Etes- vous mariée et mère de combien d’enfants ?
Oui, je suis mariée et mère de deux beaux enfants. C’est un équilibre que je construis chaque jour avec le soutien de mon mari et de ma famille. Concilier les exigences du terrain et ma vie au foyer est un défi mais c’est aussi ce qui me donne la force d’exceller dans mon métier.
Avez- vous des ambitions pour le secteur minier ?
Oui, j’ai beaucoup d’ambitions pour le secteur minier. Ma première ambition est de continuer à gravir les échelons au sein de B2gold pour devenir une référence du secteur minier féminin. Je rêve d’un secteur où voir une femme sur le terrain n’est plus une exception, mais une normalité. Mon ambition est aussi de servir de modèle et de mentor pour les jeunes filles qui hésitent encore à choisir les filières scientifiques. Je veux prouver qu’on peut être une mère épanouie et une professionnelle de haut niveau. A long terme, j’ambitionne d’occuper des postes de haute responsabilité à la direction générale. Mon but est de contribuer à une industrie minière malienne plus transparente, inclusive et durable.
Votre mot de la fin ?
Mon dernier mot s’adresse aux jeunes filles maliennes qui nous lisent. Je voudrais leur dire que le secteur minier n’est pas qu’une affaire d’hommes, c’est une affaire de compétences. Avec la détermination et grâce à des entreprises comme B2GOLD qui s’adaptent aux réalités des femmes, tout est possible. Osez-les
filières scientifiques, osez la géologie, osez les mines, car c’est là que se construit l’avenir économique du Mali.
La mine de demain a besoin de votre passion et de votre rigueur. C’est par la synergie entre l’expertise de terrain et la vision de nos décideurs politiques que nous transformerons notre potentiel minéral en richesse réelle.
Ensemble, nous ferons en sorte que l’or brille pour chaque citoyen malien. Je voudrais aussi vous remercier pour l’opportunité que vous m’avez offerte pour m’exprimer et je vous félicite pour cette belle initiative de mettre en lumière ce métier passionnant.
Entretien réalisé par Boubacar Kanouté






