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Mme Maïmouna Salamanta, CEO Moulina Sarl à cœur ouvert « Je veux être une femme leader en exploitation minière dans le monde »

Dans le cadre de la célébration de la journée internationale de la femme, notre équipe de reportage est allée à la rencontre de Madame Maïmouna Salamanta, CEO Moulina Sarl. Titulaire d’un master en environnement et d’une licence professionnelle en géologie, elle est une amazone très dynamique dans le secteur minier. Jeune et audacieuse, elle incarne cette nouvelle race de femme-leader qui ose à prendre des risques dans un pays où c’est la ruée vers la fonction publique. Dans un entretien qu’elle a bien voulu nous accorder, le mardi 3 mars dans son bureau à Magnambougou Faso-Kanu, Madame Maïmouna Salamanta évoque à cœur ouvert son parcours, ses débuts dans le secteur minier, ses difficultés et ses ambitions. Lisez l’entretien !

Veillez-vous présenter s’il vous plait ?

Je me nomme Maïmouna Salamanta, CEO Moulina Sarl Mining et consultante dans le secteur minier. Je suis aussi sous-traitante dans le secteur minier au Mali, en Guinée et en Côte d’Ivoire. 

A quand remontent vos débuts dans le secteur minier ?

J’ai commencé en 2012 avec le projet d’exploration sur la Bauxite de mon professeur de géologie minière Dialla Konaté. Auparavant, j’avais fait des stages de perfectionnement dans un bureau d’étude géotechnique. J’envoyais régulièrement mon rapport à mon professeur qui a vu en moi beaucoup de qualités. Et dès qu’il a obtenu le financement de son projet d’exploration de la bauxite, il m’a recruté en me donnant un contrat CDI. C’était mon premier contrat dans le secteur minier. Nous avons travaillé ensemble à Sikasso nord, Ména, Kignan, Katago, Kabarrasso et Dogoni. On travaillait sur des plateaux de 650 mètres d’altitude qu’on grimpait (car il n’y avait pas de route) pour implanter des puits manuels à l’aide des compresseurs. On descendait dans les puits pour faire la lithologie, la description sommaire et des rapports qu’on envoyait à la direction à Bamako. J’ai fait quatre ans dans ce projet. 

Comment est venue cette passion pour les Mines ?

A mes débuts, j’ai passé deux ans à chercher des marchés publics et privés. Ce n’était pas évident, car j’avais fait des prêts pour m’installer. J’ai eu beaucoup de difficultés au point qu’un huissier est venu me demander de payer les six mois d’arriérés de mon bureau. Finalement, j’ai cédé ce bureau après avoir payé les arriérés. Ensuite, j’ai fait un an à travailler dans ma maison entre 2018 et 2019. C’est vers fin 2019 que j’ai rencontré certains professionnels du secteur minier dont un vieux canadien qui avait le Iso 43-101. Ce dernier m’a transféré beaucoup de technologies en termes d’exploration et d’exploitation minière. Nous avons travaillé ensemble sur des projets de petites mines et semi-mécanisées au Mali et dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest.

 J’ai fait un business plan que j’ai présenté aux partenaires lors des grandes rencontres du secteur minier. Cela m’a permis de faire une demande d’acquisition de deux titres miniers que j’ai obtenus à la même période en 2019.  Grâce ces titres miniers, j’ai monté un projet semi-mécanisé en or avec un investissement de 105 millions pour un revenu de 1 milliard par an. Je l’ai présenté à beaucoup de partenaires. C’est un opérateur économique malien qui évolue dans le BTP qui a accepté de soutenir mon projet dans un premier temps. Mais à la suite du changement de pouvoir en 2021, cet opérateur économique a eu aussi des difficultés. Et il m’a fait savoir qu’il ne pourra plus financer mon projet. C’était un coup dur pour moi, car le projet ne devrait pas s’arrêter. J’ai finalement vendu tous mes biens pour évaluer mon projet. J’ai pu le faire et déposer enfin mon rapport de faisabilité à l’administration compétente. J’ai fait huit mois à attendre la signature d’autorisation d’exploitation de la petite mine d’or qui a été évaluée à 6.5 tonnes de réserves. Avant l’acquisition de ce document, j’ai pu réaliser beaucoup de choses pour la communauté.

Vous disposez d’une expertise avérée dans ce domaine. En plus de l’or, quelles sont les autres ressources que l’on peut trouver au Mali ?

Le Mali est potentiellement riche en ressources minières.  Le Mali a beaucoup de variétés en termes de minerais stratégiques et rares dans le monde entier.  Notre pays regorge d’énormes ressources de réserves. Les indices ne manquent pas. Si vous prenez le cadastre minier, vous trouverez que le Mali a beaucoup de minerais. Il y a le phosphate, le lithium, des terres rares, le calcaire, la bauxite, le manganèse, des indices de cuivre (qui n’est pas encore exploré faute de permis de cuivre), l’uranium, des indices de plomb, du pétrole, du gaz etc. On découvre au Mali tout ce qui est minerais stratégique. 

Que pensez-vous actuellement du secteur minier malien ?

Avant l’adoption du nouveau code minier de 2023, le Mali ne bénéficiait pas comme il le fallait de son secteur minier. Souvent on était 2ème ou 3e pays d’exploitation de l’or en Afrique.  Il n’y avait pas d’impact réel sur l’économie du pays. Pas de visibilité claire, pas d’expertise, pas d’accompagnement. On n’arrivait même pas à s’accaparer de nos 20% de l’exploitation de l’or. 

Mais avec les nouvelles réformes du secteur minier en 2023, nous pensons que les méthodes de gouvernance sont de plus en plus transparentes et bénéfiques pour le Mali. Je pense qu’avec le nouveau code minier, le Mali commence à se positionner pour avoir l’essor dans sa souveraineté minière. Ce nouveau code minier comporte beaucoup d’innovations, notamment en termes de gestion stratégique des ressources.  Le contenu local, qui est l’une des innovations, a permis aux Maliens de s’approprier de leurs ressources minières. En termes d’employabilité, les multinationales sont désormais obligées de collaborer avec les communautés et l’Etat.  Le nouveau code minier a aussi permis d’avoir des nationaux à des postes stratégiques dans les grandes entreprises des multinationales.

Certes, il y a certains manquements qui doivent être améliorés pour que les ressources minières du Mali brillent réellement pour les Maliens. Mais, il y a des avancées qu’il faut vraiment saluer. L’impact des nouvelles réformes est vraiment réel sur l’économie. 

Vous évoluez dans un secteur où les femmes sont rares.  Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en tant que femme ?

Les femmes du secteur minier font face à beaucoup d’obstacles.  Il y a d’abord des questions de stéréotypes, religieuses et culturelles.  Il y a des endroits au Mali où on n’admet pas que les femmes fassent le même travail que les hommes. Souvent, même nos collègues hommes du secteur pensent que les femmes sont là pour les défier.  S’ils doivent se donner à 100%, les femmes doivent faire le double pour être à leur hauteur.  Il y a un vrai problème de parité et d’inclusion.

Il y a aussi les conditions sur le terrain. On fait tout pour décourager les femmes. Ce n’est vraiment pas facile. Il faut être une femme passionnée pour tenir dans le secteur minier.  

Est-ce possible d’être femme de foyer et femme de terrain dans le secteur minier ?

C’est possible d’être femme de foyer et femme de terrain dans le secteur minier. Certaines parviennent bien à s’en sortir. Mais, il y a beaucoup de femmes géologues qui ont de la peine à concilier la vie conjugale et celle professionnelle.  Ce qui est important, c’est le choix de partenaires.  Il faut tomber sur un bon partenaire qui comprend bien le secteur minier et qui te laisse évoluer dans le métier.  C’est difficile de vivre avec un homme qui ne comprend pas les exigences du secteur minier. 

Madame la CEO de Moulina Sarl, parlons maintenant de vos ambitions.

J’ai beaucoup d’ambitions pour le secteur minier. En tant que promotrice de Moulina Sarl, je souhaite conquérir de gros marchés à travers le monde.  Être promotrice du secteur minier au Mali, en Guinée et aux États-Unis. Je veux être une femme leader en exploitation minière et une référence dans le monde. Je veux être une actrice engagée pour l’inclusion des femmes dans le secteur minier.  

Que faut-il faire pour le développement du secteur minier au Mali ?

A mon avis, il faut une volonté politique courageuse pour le développement du secteur minier au Mali.  Ensuite, il faut l’expertise, le conseil, l’orientation, les ressources humaines et financières.  Enfin, il faut de la transparence dans la gestion des ressources minières et une meilleure structuration. Rien ne peut s’obtenir dans l’anarchie. 

Votre mot de la fin ?

Je salue beaucoup l’initiative de la création de votre journal. C’est un apport considérable pour la visibilité et la promotion du secteur minier. C’est un monde qui est fermé, où il n’y a pas assez d’informations. Car, nous sommes des acteurs plus présents sur le terrain et qui parlent très peu. C’était un honneur et un grand plaisir pour moi de m’entretenir avec vous.

Propos recueillis par Boubacar Kanouté